Douglas Kennedy : Nous sommes des monogames en série

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Douglas Kennedy : Nous sommes des monogames en série

Douglas Kennedy est un romancier à succès qui aime les Nouvelles. Dans Murmurer à l’oreille des femmes, ce sont 12 histoires qui revisitent les relations amoureuses. L’occasion pour lui de se confier.

Bouquiner.net : Dans ce recueil de nouvelles on retrouve votre thème de prédilection.
Douglas Kennedy : Quand j’ai commencé à écrire mes romans, instinctivement j’ai parlé de mes propres conceptions et j’ai découvert que beaucoup de monde avaient les mêmes que moi. Mon ex-femme m’a dit une fois lors d’une dispute, presqu’à la fin de notre mariage : ton problème Douglas ? tu vois le monde avec trop de clarté.

Beaucoup de journalistes ont trouvé mes histoires très pessimistes. J’ai répondu que je n’étais pas pessimiste mais réaliste. Tout le monde a vécu au moins une situation d’une des nouvelles de ce livre.

Quelle part de vous-même y avez vous mis ?
L’histoire sur la guerre froide est peut être la plus autobiographique. La BBC m’a abordé en juin 2012 lors du cinquantième anniversaire de la guerre froide pour me demander une nouvelle autour de la crise cubaine de la baie de cochons. Immédiatement je me suis souvenu de cette fille quand j’avais 7 ans, de la réaction de mon père et du sentiment qu’on pouvait terminer le week-end dans une guerre nucléaire.

Et en même temps il y avait une guerre froide entre mes parents à la maison. Pour le narrateur, c’est à dire moi-même, c’est le moment où il se rend compte qu’il est au milieu d’un mariage raté.

Comment arrivez-vous à vous renouveler? La peur d’avoir fait le tour des histoires amoureuses est elle présente ?
Honnêtement je n’ai jamais réfléchit à ca… (rire). En fait le thème arrive pendant l’écriture. Par exemple il y a ici deux nouvelles très noires, très polars.

Justement est-ce une amorce à un retour à des thrillers psychologiques ?
Généralement dans mes livres, au gré des pages, même quand ce ne sont pas des polars, il y a du suspens. Justement je suis en train de préparer mon prochain roman et c’est presque un polar. C’est l’histoire d’un type qui passe des vacances au Maroc et là, quelque chose arrive de totalement inattendu. C’est très intéressant pour moi parce que c’est la première fois depuis longtemps que j’écris quelque chose comme ca.

La dernière fois c’était avec Le désarroi de Ned Allen.
Oui, même si la femme du Vème était à mi chemin d’un polar. Mais pour Ned Allen c’était vraiment diffèrent. Ce livre venait après L’homme qui voulait vivre sa vie et c’était presque une commande. Ma maison d’édition voulait un polar. Franchement c’est une idée intéressante parce que c’est un divertissement, mais on peut aussi lire Ned Allen comme une critique du système capitaliste. Après ça, ils m’ont offert un grand contrat très bien payé. Mais j’avais envie de passer à autre chose, je voulais changer de chemin complètement. Je me suis dit que j’allais un peu changer mon style ici et là. J’ai alors écris La poursuite du bonheur. Dans l’ensemble Ned Allen m’a beaucoup aidé.

Qu’est ce qui différencie l’écriture d’un roman d’une nouvelle ?
Un roman c’est comme un mariage, mais un mariage qui ne va durer que deux ans, et sans pension alimentaire (rires). Tandis qu’une nouvelle c’est une liaison. Par exemple la nouvelle sur la guerre froide, je l’ai écrite en trois jours.

Vous avez une conception de l’amour assez franche. Peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ?
Ce n’est pas un point de vue très américain, mais la France m’a corrompu. (rires). Chaque vie intime est, d’après mon expérience, complètement atypique. Mais ce n’est pas seulement du aux hommes. Il y a des femmes très fidèles et d’autres beaucoup moins. J’ai beaucoup de problèmes avec les femmes manichéennes. Tout n’est pas bien ou mal. Surtout au sujet des choses éthiques ou morales. Ma règle de vie est simple : essaye de ne pas blesser quelqu’un d’autre. En dehors de ça on peut faire ce qu’on veut. On peut être libre et aussi responsable. Etre libre et stupide, ça c’est autre chose.

Par exemple, un jour où je prenais l’avion, mon voisin de siège, qui avait environ la cinquantaine, avait l’air vraiment triste. Il me dit « ma femme veut divorcer parce que j’ai couché avec la nounou des enfants ». Je lui demande l’âge de la nounou et il me répond 20 ans. Ca ce n’est pas responsable, parce qu’il a fait du mal à sa femme et qu’il ne comprend pas ce qu’il a fait. Mais ça me fascine.

Selon vous qui êtes un écrivain globe-trotter, est ce que le type de relation amoureuse change beaucoup en fonction des pays ?
Je pense que la condition humaine est la même partout mais le décor change. Un jour quelqu’un m’a demandé la différence entre les femmes américaines et les femmes françaises. J’habite à Paris entre trois et quatre mois par an depuis l’an 2000. Entre une femme bcbg du 16eme arrondissement, une femme du 93 et une femme très branchée du canal Saint-Martin il y a beaucoup de différences. Aux Etats-Unis c’est la même chose. En fait il faut faire attention aux clichés.

Ce qui m’intéresse c’est le rapport entre la fidélité et l’infidélité. Un jour quelqu’un m’a dit qu’il était 100% fidèle, qu’il n’avait jamais ne serait-ce que pensé à une autre femme. Inutile de dire que je ne l’ai pas cru.

Est ce la routine qui fait le plus de mal à un couple ?
La littérature moderne a commencé avec Madame de Bovary. Flaubert a changé le monde. Pourquoi ? Quel est le sujet ? Une femme de foyer frustrée. Si le cauchemar que l’on appelle le quotidien est l’ennui et on qu’on accepte l’ennui, c’est le début d’une grande chute et d’une très grande déception.

Entre les romans, les nouvelles, les carnets de voyages, vous écrivez beaucoup. Est ce que vous publiez tout ce que vous écrivez ?
Oui. C’est vraiment très rare que je ne publie pas ce que j’écris. Il y a qu’un roman que j’ai commencé et que j’ai arrêté, même si ça aurait fait un bon roman. Je sais que Amélie Nothomb fait ça, elle écrit beaucoup et ne publie pas tout. C’est un style. Je connais Amélie, c’est quelqu’un de très sympathique, c’est un écrivain de talent. Chaque écrivain est atypique.

Quels regard portez vous sur vos livres quand vous les avez terminé.
Quand j’ai fini un livre, c’est comme la fin d’un mariage. On a eu une belle aventure ensemble mais maintenant c’est fini, je suis sur la prochaine histoire. En fait les romanciers, nous sommes des monogames en série.

Murmurer à l'oreille des femmes
Douglas Kennedy
Ed. Belfond
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Publié dans Romans, Interviews

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