L’interview secrète

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L’interview secrète

Quand Gregory Samak a écrit Le livre secret il ne s’attendait pas à un tel succès. D’abord auto-publié sur Internet, ce premier roman s’installe rapidement en tête des ventes d’Amazon. Susanna Lea, directrice des éditions Versilio et éditrice de Marc Levy, contacte Gregory Samak et le publie en co-édition avec Flammarion. Gégory Samak nous raconte l’histoire du Livre Secret où un vieil homme s’installe dans une maison à Braunau en Autriche et découvre une pièce secrète où le livre de l’humanité est caché. Un livre aux facultés étranges… Un récit captivant sur le sens de l’histoire et le destin de l’humanité.

Bouquiner.net : Combien de temps as-tu mis pour écrire ce livre avant qu’il ne commence à avoir une première vie sur Internet et une deuxième sur papier ?
Grégory Samak : La première version du livre je l’ai faite en neuf mois environ, c’était en 2003 – 2004. C’était une version très très brute et assez violente et très mal écrite. Je n’ai jamais osé la faire lire à qui que ce soit et j’ai passé un temps infini à la corriger puis à corriger les corrections. A vrai dire, je n’avais jamais pensé à publier ce texte un jour, jusqu’à ce que quelques mois plus tard, après la centième correction, je l’ai fait lire à Michelle Cotta avec qui j’avais la chance de travailler. Michelle me dit « tu sais du devrais le terminer et lui donner vie ». Et puis le temps a passé, le manuscrit a dormi dans mon ordinateur jusqu'à ce qu’un jour j’ai l’idée d’un autre roman, qui est celui qui va suivre. Cette idée était tellement forte, que je me suis dis que je ne pouvais pas laisser Le livre secret sans vie avant de passer à autre chose. Je n’avais pas envie de le proposer à des éditeurs traditionnels parce que quand je suis allé voir leurs sites, ça m’a découragé. C’était « Envoyez une enveloppe retour, écrivez en police 14, interligne 2, prévoir 3 timbres pour le retour dans 6 mois, etc. ».

Je le mets alors sur Internet et là je vis quelque chose d’incroyable.

Bouquiner.net : Susanna, (Susanna Lea, directrice des éditions Versilio) qu’est ce qui t’a procuré l’envie de donner une seconde vie à ce livre ?
Susanna Léa : J’avais vu le livre monter dans le classement d’Amazon, et un ami m’a parlé de Grégory et m’a conseillé de le contacter. Les deux choses se sont passées simultanément, alors je me suis dit que c’était un signe. Je l’ai lu très vite, ainsi que mon équipe. Jusqu'à présent on avait lu beaucoup de livres auto-édités, mais nous n’avions jamais été tenté. Et la on a eu le choc que beaucoup de lecteurs ont eu, l’émotion tout de suite. Ce qui m’a plus avec Grégory c’est que j’au vu que c’était un auteur, ce n’était pas un one-shot, parce qu’il a un sens du récit et du rythme qui appartient à un auteur.

Vous l’avez retravaillé pour l’édition papier ?
Grégory Samak : Oui, la première version était plus brutale et sèche, et la fin était un peu différente. Susanna m’a beaucoup aidé.

On sent que c’est une histoire qui te touche. Au delà de l’histoire des personnes, l’histoire de la guerre, de la persécution, de cette abomination, c’est quelque chose de très à fleur de peau. Qu’est ce qui a déclenché cette envie d’écrire, de formaliser tes idées à travers l’histoire de ce vieil homme et cet enfant ?
En fait c’est un mélange de plusieurs choses. Je pense que le personnage du joueur d’échec de Stefen Zweig y est pour beaucoup. Cette idée d’arriver à un degré tel de solitude, d’érudition et de force cérébrale pour être capable de jouer des partis d’échecs contre soi, c’était quelque chose d’extraordinaire. Je me suis dis que c’était peut être le degré ultime de la solitude. Après, je ne sais plus pourquoi et c’est ca qui est terrible, mais je ne sais même plus comment m’est venue la première scène. Mais Le personnage de Tom, le petit garçon qui rencontre le vieil Elias, c’est mes peurs d’enfants. Quand j’étais enfant, je m’étais dis que s’il m’arrivait quelque chose, je me cacherai sous le parquet, parce qu’il y avait un jour dans le parquet de la maison de mes parents (rire). Mais finalement quand on commence à écrire, les personnages te prennent par la main.

Avec ce procédé de voyage dans le temps deux mondes s’affrontent ?
Dans le récit il y a en quelque sorte un monde merveilleux de comte et un monde d’histoire. Elias pense jusqu’au dernier jour que finalement tout va bien et qu’il a réparer quelque chose c’est pour ça qu’on est dans le merveilleux. La réconciliation entre les deux mondes se fait à la fin. Parce que notre réalité n’est pas un comte.

C’est un livre dans la veine des livres ésotérique avec un grand secret qui peut changer le monde, mais en fait avec une vision assez pessimiste ?
C’est le cœur du livre. Je pense qu’il y a un destin. L’histoire de l’humanité a un sens. Ce qui nous trouble en tant qu’individu, c’est qu’on ne voit pas le sens à notre échec, parce qu’on a une vie trop courte. Si on regarde le cours de l’humanité depuis le début, il y a une notion de progrès, on va vers quelque chose. C’est le projet de paix perpétuelle de Kant. Est ce que l’humanité tend vers quelque chose, ou finalement on va vers une situation meilleure. Dans les soubresauts de l’histoire, il y a des choses qui doivent se passer pour qu’on comprenne et qu’on apprend. Même si on efface un épisode noir, l’humanité doit en passer par là pour apprendre. Mais est ce qu’elle apprend ? C’est ça mon inquiétude. En réalité elle n’apprend pas, elle veut oublier. Ce qu’essaye de faire Elias en changeant le passé, c’est d’effacer. Et c’est une allégorie de ce qu’essaye de faire certains intellectuels. Il faut effacer la mémoire parce que c’est insupportable. Ce qui s’est passé pendant la seconde guerre mondiale était insupportable. Aujourd’hui que les témoins meurent, le processus est d’oublier. C’est un processus naturel de l’homme. Quand on connaît soit même un traumatisme, le cerveau a un processus qu’on appelle la scotomisation. C’est à dire qu’il préfère effacer de sa mémoire des épisodes traumatiques pour pouvoir survivre.

Dans la dernière partie du livre, il y a un emballement de la narration quand Elias retourne dans le passé pour tuer Hitler. Pourquoi ?
Il y a l’aspect volontaire de la spirale, c’est à dire qu’à un moment tu tournes lentement et quand ca se précise ça s’accélère et la fin est brutale. La construction du texte est sous fourme d’une spirale qui fait qu’à la fin tu passes dans une autre dimension.
Et puis quand j’ai écrit cette partie plus basée sur l’action, j’avais envie d’arracher le lecteur sur la fin, de l’emmener sur cette scène finale en accélérant.

Les lieux sont choisis avec soins également.
Oui je voulais provoquer en mettant ce livre divin dans la maison natale d’Hitler. Mais quand j’ai écrits le livre, comme je me disais que personne ne le lirait, c’était une provocation entre moi et moi-même (rire).

Quels sont les lectures qui t’on influencé
L’école de Vienne de 1900, avec entre autre Des arbres à abattre de Thomas Bernhard qui est un roman merveilleux. J’ai été frappé par Kafka étant jeune, notamment dans Le procès avec cette scène où il est enfermé dans un placard, qui est tout a fait poétique et incroyable, et j’ai retrouvé le même procédé avec Bret Easton Ellis dans American Psycho, ce moment où le récit s’arrête et il y a deux pages de poésie pure qui sont absolument merveilleuses. Bien sur il y a aussi Stefen Zweig et Le joueur d’échecs qui est un texte terrible.

Un nouveau livre est-il en préparation ?
Oui, c’est l’histoire d’un scientifique bipolaire, codécouvreur de l’ADN, qui a découvert les preuves d’une des plus grandes énigmes de l’humanité c’est à dire la véritable origine de l’homme et en même temps dans sa vie c’est aussi un meurtrier sanguinaire. Il se fait attraper et il va dans le couloir de la mort. Une jeune femme obtient de lui une interview exclusive, la dernière qu’il donnera. Elle comprend alors au cours de l’interview qu’il y a quelque chose qui est lié à sa découverte et elle a trois jours pour comprendre avant qu’il ne soit exécuté.

On sent que la religion et la spiritualité sont très importantes dans ta manière de vivre, de réfléchir, de penser et décrire.
Oui parce que je bug sur le sens. Je m’étais dis un jour que les seules questions qui méritent de se poser sont celle auxquelles on n’aura jamais de réponses. Je tourne autour de ça.

Le livre secret
Grégory Samak
Ed. Versilio / Flammarion
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