Le bonheur de Marc Levy

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Le bonheur de  Marc Levy

Dans son dernier Roman, Une autre idée du Bonheur, Marc Levy raconte le road trip d’une ancienne hippie révolutionnaire évadée de prison et d’une jeune femme à la vie bien rangée.

Bouquiner.net : Avec Une autre idée du bonheur, on découvre dans la première partie un style un peu différent par rapport à vos autres romans avec plus de distance, plus de second degré, plus de mises en perspectives, et au fur et à mesure on retrouve le Marc Levy que l’on connaît. Cette nouvelle approche narrative est-elle intuitive ou voulue ?

Marc Levy : En fait les deux. A partir de mon quatrième roman, quand je me suis dit que je pouvais devenir romancier, j’ai pensé que ma responsabilité était de ne pas resservir la même soupe chaque année. Si les lecteurs me font confiance je dois prendre des risques. J’ai donc changé de genre de narration à chaque fois. Par exemple pour Mes amis, mes amours mes emmerdes, je me souviens que mon éditeur avait refusé le premier chapitre.

Alors qu’on retrouve dans la fin du roman, une ambiance ou un cachet oui c’est normal, parce qu’il y a un lien entre tous les romans que je tisse d’année en année, quelque chose que je travaille comme un sculpteur travaille son bloc de pierre en allant chercher un détail de plus chaque année. En fait ce changement vous ne le retrouvez pas à la fin du roman, mais tout au long du livre un peu comme un chanteur, on peut changer de registre ca reste quand même sa voix. Quand je regarde l’œuvre d’un romancier sur toute sa carrière je peux voir des changements de registre et des changements d’axe, mais ce qui me lie à ce romancier c’est que finalement quelque soit la façon dont il a amené ses personnages, il y a quelque chose dans la voix de ses personnages qui est sa voix à lui, qui est ce lien qui se tisse en le lecteur et le romancier.

Comment vivez vous les critiques qui peuvent parfois être acerbe.

Ca ne m’a jamais dérangé, parce que pour faire ce travail, il faut être humble. Le jour où vous vous regardez écrire, ca ne va plus. La plupart du temps ceux qui écrivent des critiques assassine sont eux même dans une posture. Généralement les critiques les plus méchantes viennent de personnes qui ne vous ont pas lu.

Mais quand la critique est juste, ca vous renvoie à vos propres démons et ça vous fait travailler. Donc il n’y a pas de mal à ça.

Il y a plein de romans que j’ai envie d’écrire et que je ne suis pas capable d’écrire aujourd’hui, parce que je n’ai pas encore acquis le métier pour les écrire. Quand je vous dis ça en tant qu’écrivain c’est très étrange, mais si vous me regardez comme un sculpteur et que je vous dis que je rêve de faire un bras retourné par exemple, et bien c’est très très difficile, la tout de suite je comprends qu’il va falloir encore du travail. Quand on sculpte un roman c’est pareil. Il y a quelques années, quand j’ai écris Mes amis, mes amours je n’arrivais pas à mettre en œuvre mes sept personnages dans un même chapitre, il m’en a fallu deux. Peut être que maintenant, si j’ai envie d’écrire un roman choral, sept ans plus tard, peut-être que je réussirais à faire cohabiter tout un bus. Les personnages vont descendre du bus et tout le monde va les reconnaître tout de suite.

Comment savez-vous que vous progressez ?

A force d’écrire, d’aller plus loin. C’est comme un sculpteur. La fois d’avant vous avez réussi à faire une main mais les ongles ce n’est pas encore ça. Alors vous vous dites que vous allez y passer le temps qu’il faut mais vous n’êtes pas sur d’y arriver. Quand j’ai écrit certaines scènes de ce livre, Une autre idée du bonheur, je n’étais pas sur d’y arriver. Je les voyais dans ma tête, mais les mettre sur papier est autre chose.

Comment est née l’idée de ce roman ?

Je ne sais pas… parce que je ne m’en souviens plus. On me pose cette question très souvent. Je n’arrive vraiment jamais à me souvenir du moment précis qui a donné naissance à tel ou tel roman. Je crois qu’il y a d’abord l’envie d’un thème, d’un traitement général. Je me souviens de m’être énervé tout seul, à la fin d’un JT, de voir qu’on projetait une vision négative de la vie en permanence dans tous les journaux. J’ai eu envie de raconter une histoire presque vraie mais qui raconte qu’on est libre de voir le verre à moitié plein sans se faire taxer de naïf par ceux qui sont plus intelligent que nous. Je me suis demandé comment raconter ça. J’ai commencé à faire des recherches et j’ai trouvé l’histoire de ces jeunes dans les années 70. Ils étaient entourés d’une société qui leur racontait autant de mensonges que ce que la société politique et médiatique nous raconte aujourd’hui avec des fais encore plus grave, parce que c’était la guerre du Vietnam, l’apartheid aux Etats-Unis, c’était aussi la naissance de la société de consommation, des anti dépresseurs. Quand vous regardez une série comme Madmen, c’est difficile de voir un monde plus sombre, et pourtant il y a quand même une poignée de jeune qui ont fait un bras d’honneur au système. Cette poignée de jeune est devenue des millions de jeunes et même si aujourd’hui il ne reste d’eux qu’une image de baba cool hippie qui fumaient des pétards, c’est quand même eux qui ont mis fin à la guerre du Vietnam, qui ont fait que quarante ans après un président américain est noir et c’est eux qui ont créé tous les mouvements de libération et des droits de la femme. J’avais envie de raconter ça, parce que j’ai la chance d’avoir des lecteurs jeunes qui ignorent cette histoire américaine. C’est un livre qui raconte que la démocratie n’est jamais acquise et que la liberté n’est jamais acquise. Je le dédie à cette génération qui est née dans la démocratie et qui n’imagine pas qu’elle puisse leur être enlevée.

Une autre idée du bonheur
Marc Levy
Ed. Robert Laffont - Versilio
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Publié dans Romans, Interviews

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