Un bon roman canadien

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Un bon roman canadien

A la croisée des styles entre intimiste, policier, fantastique ou sombre, Cataract City, le nouveau roman de Graig Davidson est un très bon conte moderne.


L’histoire s’ouvre sur Duncan Diggs quand il sort de prison au terme d’un long séjour de huit ans pour meurtre. Son ami d'enfance, Owen Stuckey, vient le chercher et le ramène dans leur ville natale en Ontario. Owen est un officier de la police locale, tandis que le curriculum vitae de Duncan est moins glorieux : boxeur de rue, bookmaker pour course de chien, employé raté de la fabrique à biscuit locale.

Après le court chapitre d'ouverture, qui est raconté par Duncan, Owen prend le relais, avec un flashback sur leur enfance quand ils ont grandi ensemble dans la même rue, celle des hommes de la classe ouvrière. Leurs pères sont employés à l'usine, une biscuiterie, «la Bisk» dans le langage local. Mais un soir, Owen et Duncan subissent une épreuve qui va lier leur amitié à vie.

Leur traumatisme commence lors d’un match de catch local, où les deux garçons âgés de 12 ans rencontrent leur idole, Bruiser Mahoney, et sont séparés de leurs pères au cours d'une querelle d'ivrognes. Dans la confusion générale, Mahoney les éloigne pour les mettre à l’abri. Mais la balade va se terminer par une séance de camping improvisé loin de la ville. Après avoir régalé ses jeunes fans avec des histoires de catch, Mahoney, qui a beaucoup bu et s’est gavé d’amphétamines meurt subitement. Les garçons, terrifiés, tentent de rentrer chez eux et se perdent dans le désert.

Ce passage est l'un des plus puissants du roman, car il réussit évoquer aussi bien la peur que l'émerveillement de vivre une vraie aventure pour la première fois.

Les interactions entre les garçons, le lutteur cynique, et un vagabond (probablement un prédateur sexuel) lors d’un passage où ils luttent pour entretenir un feu de camp, créent un spectre de contrastes entre enfance et âge adulte, entre aigreur et espoir, entre innocence et expérience. Davidson dramatise ces thèmes par le biais de scènes prolongées de violence, de concurrence masculine, et d'intimité.

En grandissant, le chemin de ces enfants vont s’écarter puis se recroiser, se lier puis se défaire à nouveau.

Ils vont être affectés par la différence de classe sociale. Le père d’Owen va grimper les échelons et l’envoyer dans une école d’un meilleur niveau alors que Duncan reste là où il est. Il finit par y avoir de la rancœur des deux cotés. Duncan a le sentiment d’être forcé de prendre des risques et de contourner la loi pour survivre tandis qu’Owen semble avoir un destin tout tracé.

En fait, ce qu’ils veulent tous le deux, c’est quitter Cataract City.


Davidson gère habilement la transition entre passé et présent à travers les deux voix narratives et montre les effets d’une relation forte et longue avec quelqu’un qui est comme un frère.

Cataract City
Craig Davidson
Ed. Albin Michel
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Publié dans Romans

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artisan serrurier 25/11/2014 03:39

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

trafic organique 13/11/2014 02:05

Merci très beaucoup pour ce post. Merci.