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Tu veux des bonbons ma petite ?

 Tu veux des bonbons ma petite ?

Un vieux monsieur qui offre des bonbons aux enfants à la sortie des écoles pour les attirer avec ce qu’ils n’ont pas. Voilà à quoi m’a fait penser Le Consentement, le livre témoignage de Vanessa Springora où elle raconte comment Gabriel Matzneff, écrivain phare des années 70 et début 80 a usé de ses 50 ans et de son aura littéraire pour abuser sexuellement et moralement d’elle alors qu’elle n’était encore qu’une enfant âgée de 14 ans.

 

 

Editrice reconnue chez Juillard, âgée de 47 ans, Vanessa Springora n’avait  jamais pris la plume pour se raconter. Jusqu’à ce jour de 2013 où elle apprend que Gabriel Matzneff remporte le prix Renaudot. Celui-la même qui a régulièrement publié pendant des années ses journaux intimes où il racontait avec fierté son attirance et ses ébats avec de très jeunes filles. Vanessa était l’une d’elle. 

L’horreur d’un passé, qu’elle n’a jamais oublié mais qu’elle ne pouvait évoquer, lui est revenue en pleine face, comme un livre qui nous laisse coi et qui nous fait prendre conscience d’une vérité. La sienne sera de se dire qu’il ne faut pas laisser passer cela. A l’heure où la parole des femmes se libère, ou elles peuvent avouer l’inavouable sans se faire juger, elle ne peut pas laisser ce prédateur parader, imposer par livre interposé sa vision malsaine de l’amour. Œil pou œil, livre pour livre. Ca prendra le temps que ça prendra mais elle écrira ce que elle, elle a vécu.

 

C’est là toute la force de cet ouvrage. Vanessa Springora prend Gabriel M. à son propre jeu et l’enferme dans un livre où c’est elle qui raconte, c’est elle qui a la main, c’est elle qui peut le mettre dans une prison littéraire où il sera enfermé à perpétuité.

 

Elle explique parfaitement comment un monsieur d’un certain âge a compris qu’il pouvait attirer et mettre dans son lit une enfant délaissée par son père, fragilisée émotionnellement et avec un besoin d’affection et de reconnaissance.

Elle décrit implacablement comment Gabriel la traque comme les vieux pervers traquent les enfants à la sortie de l’école. Comment il use de son aura d’écrivain sur elle qui a toujours été émerveillée par le monde de la littérature dans lequel elle a toujours baigné et qu’elle considérait comme un refuge, comment il confond amour emprise et orgueil.

 

L’expérience de la première fois où il a posé ses griffes sur elle est glaçante :

« D’une voix câline, il se vante alors de son expérience, du savoir-faire avec lequel il est toujours parvenu à ôter leur virginité aux très jeunes filles, sans jamais les faire souffrir ».  Sauf que ce coup-ci ça ne marche pas, ça ne rentre pas. Mais ce n’est pas grave il va bien trouver un autre moyen d’arriver à ses fins. Pour une première fois il passera par un autre endroit : « Une sodomie a ses règles, se prépare avec application, religieusement (…) Voilà comment je perds une première partie de ma virginité. Comme un petit garçon, me glisse-t-il dans un murmure».

Tout est fait qu’elle ne comprenne pas que cette relation est anormale. Gabriel M. use de sa culture et joue les érudits pour multiplier les exemples d’artistes âgés qui ont eu des relations avec des jeunes filles. Et de citer les journalistes qui ont défendu les artistes pédophiles à la fin d’année 70.

 

Ce livre c’est un témoignage édifiant qui peut aussi et surtout servir  celles et ceux qui sont mal dans leur peau, prêt à tout pour se sentir aimé sans imaginer les dommages que peuvent causer ceux qui abusent de cette faiblesse.

 

Cette histoire est aussi l’aveu de faiblesse de toute une société qui a fermé pudiquement les yeux pendant des années alors qu’elle aurait du dénoncer et apporter son aide.

 

Le Consentement 
Vanessa Springora 
Ed. Grasset
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