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Règlement de compte au Renaudot

Le jury du Prix Renaudot en 2019

Le jury du Prix Renaudot en 2019

Le journaliste Jérôme Garcin a démissionné du jury du Renaudot, prix mis en cause pour avoir récompensé l'écrivain pédophile Gabriel Matzneff en 2013, et a souhaité être remplacé par une femme, selon un courrier révélé, mardi 10 mars, par L'Obs. Patrick Besson lui a répondu. 

Dans la lettre de démission adressée aux autres membres du jury, il explique avoir "voulu attendre que la tempête passe pour les avertir"Le prix littéraire avait décerné le Renaudot essai en 2013 à l'auteur, mis en cause pour ses relations avec des partenaires mineurs. Début janvier, l'éditrice Vanessa Springora a publié un roman autobiographique dans lequel elle dénonce les ravages de sa relation sous emprise avec l'écrivain, pédophile revendiqué, dans les années 80. 

"Je ne pars pas seulement en raison de l'affaire Springora, mais aussi pour les vices de forme qu’elle a révélés, notamment la recherche des 'coups', au détriment de la littérature, et l’aberrante constitution d’un jury à 90% masculin. Et j’ose déjà espérer que ma place sera occupée par une femme", affirme Jérôme Garcin, qui dirige les pages culture de L'Obs, rappelant qu'il a "refusé de voter pour Matzneff" en 2013.

Patrick Besson, autre membre du jury, répond à Jérôme Garcin

Autre membre du jury, Patrick Besson a peut gouter les justifications de Jérôme Garcin quant à son départ et il lui fait savoir dans une lettre ouverte que voici : 

" Mon cher Jérôme Garcin,

Dans ta lettre de démission du jury Renaudot, tu te plains du choix de Matzneff en 2013, mais je n'ai pas souvenir que tu l'avais critiqué à l'époque, que ce soit en privé avec nous ou en public dans les médias. Je me souviens en revanche de ta colère lorsque nous avons couronné Aude Lancelin, en 2016, pour son livre Le Monde libre, où elle mettait en cause ton employeur Jean Daniel, décédé depuis. J'ai partagé avec toi le regret que le Renaudot 2019 aille à un auteur qui n'avait figuré sur aucune de nos listes pour la raison simple que son livre n'avait pas encore paru lors de la confection de celles-ci. Je te rappelle néanmoins que la lauréate de 2018, Valerie Manteau, ne figurait pas non plus sur la dernière sélection du Renaudot. Cela ne t'avait pas empêché d'œuvrer à son élection. C'est même toi qui as appelé son petit éditeur, Le Tripode, pour lui apprendre la bonne nouvelle. Il a décroché lui-même le téléphone, car il faisait aussi standardiste. J'imagine qu'il en a embauché une depuis.


Tu reproches au Renaudot de privilégier les coups au détriment de la littérature. Il me suffira de rappeler les noms de quelques lauréats récents pour montrer que ce que tu appelles des coups fut souvent d'excellents choix littéraires validés à la fois par la critique et le public : Virginie Despentes, Alain Mabanckou, Yann Moix, Nina Bouraoui, Scholastique Mukasonga, Tierno Monénembo, David Foenkinos, Emmanuel Carrère. Sans oublier Sylvain Tesson et sa Panthère des neiges qu'ont déjà aimée plus de 500 000 lecteurs.

Ta dernière volonté…

Pour finir, tu t'indignes de « l'aberrante constitution d'un jury à 90 % masculin ». Les accusations de sexisme et de misogynie proférées sur Mediapart contre ton émission Le Masque et la plume t'auraient-elles converti à la parité hommes-femmes, dont je suis moi-même un défenseur fervent ? Mais, lors de ton élection au Renaudot en 2010, notre jury était déjà à 90 % masculin, l'unique jurée étant l'académicienne Dominique Bona. Pourquoi n'as-tu pas alors cédé ta place à une dame, comme dans l'autobus ? Dans ta lettre de démission, tu émets le souhait, pour ne pas dire l'ordre, d'être remplacé par une femme. Ce serait en quelque sorte ta dernière volonté. C'est une attention féministe qui t'honore, bien qu'elle vienne avec dix ans de retard. Nous ne manquerons pas d'en tenir compte. Aude Lancelin ?"

Le jury du Renaudot était composé en novembre 2019 de Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, la seule femme du jury, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jérôme Garcin, Louis Gardel, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli, J.M.G. Le Clézio et Jean-Noël Pancrazi.

Visé par une enquête pour viols sur mineurs, Gabriel Matzneff sera jugé en septembre 2021 pour "apologie" de pédophilie.

>>>Pourquoi le prix Renaudot s'appelle ... Renaudot ?<<<

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