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Un soupir de plaisir

Magnifique, énorme, un des meilleurs auteurs américains de tous les temps. Après « Le déclin de l'Empire Withing », après « Un homme presque parfait », on aurait pu se demander si Russo pouvait encore nous surprendre.


Et bien oui. Un bon gros oui, franc et massif.  Il a une façon inégalée de dépeindre les personnages, les atmosphères, les sensations. Richard Russo est un artiste.  Dans « Le Pont des soupirs », il nous livre des personnalités ciselées à la perfection, des situations qui, narrées par quelqu'un d'autre que Russo, ne serait que banales mais qui, là, confinent au sublime. Il nous imprègne de la façon de penser de ses héros, à tel point qu'on pourrait parler et répondre à leur place.


A travers l'histoire, les histoires, de ses protagonistes, il lève le voile sur des questions qu'on se pose tous les jours sans vraiment se l'avouer : Est-ce normal d'être heureux, de vivre une vie normale ? Est-ce qu'on peut changer sa nature profonde ? Faut-il changer ? Dit comme ca, ca peut paraître rébarbatif. Et bien non et archi  non. Une fois que vous vous engagerez sur le "Pont des soupirs", vous n'aurez qu'une envie : prolonger le plus longtemps possible cette balade au milieu des pages. Un dilemne va vite s'imposer à vous. Plus vous lirez, plus vous aurez envie d'avancer dans l'histoire mais plus vous vous direz « flutio (mot désuet utilisé ici pour rester poli) je me rapproche de la fin ». Petite digression : ce thème « plus je consomme quelque chose que j'aime, plus je contribue à sa fin », est merveilleusement abordé dans plusieurs ouvrages de Paul Auster.
Pour en revenir à Richard Russo, ce maître de la littérature a habilement construit son roman. Il alterne entre la vie de Louis C. Lynch, écrit à la première personne, et celle de Robert Marconni, son meilleur ami, écrit à la troisième personne.


Louis C.Lynch, surnommé Lucy, (Lou C) éternel optimiste, qui ne voit que le bon côté des choses, décide d'écrire ses mémoires et nous raconte sa vie à Thomaston, une petite bourgade industrielle de l'Etat de New York. Une vie heureuse basée sur la famille, l'entreprise familiale. C’est un homme résigné, mais résigné par choix et au final heureux de l'être. On comprend le pourquoi de ce bonheur au fil des pages, à tel point qu'il nous arrive parfois d'avoir envie de penser comme Lucy. Parallèlement on suit cette histoire du point de vue de Bobby (Robert Marconi-Noonan) qui, lui, décide de provoquer le changement en partant de Thomaston dès l'âge de raison et de se construire une autre vie en Europe. Cette habile construction nous amène de temps en temps à voir une situation de deux points de vue différents mais qui souvent se rejoignent. Russo a travaillé ses personnages très subtilement. Par exemple Lucy Lynch, on pourrait croire qu'il est un peu simplet et qu'il ne s'en rend pas compte, qu'il ne se rend pas compte que les gens le voit comme ca, alors qu'il a une vision extrêmement lucide de lui-même et qu'il l'assume, jusqu’à la revendiquer.
Le thème de la ressemblance avec le père est également finement abordé à travers les relations qu'entretiennent les deux personnages centraux.
Bref, vous l'aurez compris IL FAUT LIRE CE LIVRE.
Mais pourquoi le titre est « Le pont des soupirs » ? Lisez et vous comprendrez


"Le pont des soupirs"
Richard Russo
Ed. Quai Voltaire - 25€

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