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Et si on rencontrait Marc Levy ?

Un-sentiment-plus-fort-que-la-peur.jpgPour son 14eme roman, Marc Levy sort Un sentiment plus fort que la peur. Une jeune femme, Suzie Baker, va tout faire pour réhabiliter sa grand-mère accusée de trahison en 1966. Elle va entrainer avec lui Andrew Stillman, un reporter du New York Times qui était au centre du précédent roman, Si c’était à refaire.

 

 

Dans Un sentiment plus fort que la peur, Marc Levy a mis la pédale douce sur l’imaginaire, sur les frontières avec le réel. C’est un roman d’enquête sur fond de romance, de courage, bien construit, avec de nombreux rebondissements, efficace. Bref Marc Levy a réussit son coup et on se laisse totalement embarquer. Comment s’y prend-il pour à chaque fois publier un best seller et être à la tête de 27 millions de livres vendus dans le monde ?

C’est ce que nous lui avons demandé. Rencontre avec un homme timide, humble et lucide, presque gêné qu’on parle de lui.

 

 

Bouquiner.net : Une des marques de fabrique du romancier Marc Levy est le choix des titres, comment vous y prenez vous ?

Marc Levy : Il y a trois naissances possibles pour un titre. Il y a ceux qui viennent avant même la naissance du roman et qui vont contribuer à sa définition. Ce qui est le cas pour « Un sentiment plus fort que la peur ».

Il y a des titres qu’on trouve en écrivant le roman.

Et il y a des titres qu’on ne trouve pas à la fin du roman et c’est un cauchemar après pour les trouver.

J’ai connu les trois situations. Par exemple pour mon premier livre, Et si c’était vrai n’était pas le premier titre du roman. C'est ma meilleure amie et agent littéraire, qui est anglaise, qui l’a trouvé. Le premier titre était Union Square, du nom de la place à San Francisco où a lieu l’accident et d’où part toute l’histoire. Elle n’aimait pas du tout ce titre. Elle a cherché en anglais et a trouvé If only it were true, ce qui donne Et si c’était vrai.

 

Pour Ou es tu, je l’ai trouvé au dernier moment. J’avais un appel de mon éditeur qui me demandait un titre avant la mise sous presse. Et je l’ai trouvé avec une amie en marchant le long de Central Park à New York.

 

Le titre La prochaine fois, est venu pendant l’écriture.

 

Mes amis mes amours, est venu tout de suite, ça ce n’était pas difficile.

 

Les enfants de la liberté, celui là, je l’avais avant de devenir écrivain.

 

Pour Le premier jour j’ai mis beaucoup de temps à trouver ce titre. Je l’ai trouvé à la fin. En revanche, la première nuit ça a été plus facile. Ce qui est marrant c’est que le titre La première nuit au départ est une blague. Quand j’écris Le premier jour je ne sais pas que le roman va faire en réalité 1100 pages. Un jour mon agent littéraire et amie me téléphone et me demande où j’en suis. Je lui réponds que j’en suis à la moitié. Elle passe me voir à new York et quand elle voit la taille que va prendre le roman, elle me suggère de le faire en deux tomes parce qu’un livre de plus de mille pages ce n’est pas très agréable. On finit par trouver le titre du premier jour et je demande « Qu’est ce qu’on met comme titre pour de second épisode ? » Elle m’a répondu du tac au tac « on n’a cas l’appeler La première nuit ». On en a rigolé au début puis c’est devenu le titre définitif.

 

Le titre Le voleur d’ombre, est venu avant même que je l’écrive. Il devait même s’appeler Le petit voleur d’ombre mais je ne voulais pas que ca fasse trop référence au Petit Nicolas.

 

Pour L’étrange voyage de monsieur Daldry, en rigolant je disais toujours L’étrange voyage d’Alice mais je trouvais ça un peu ridicule parce ca avait déjà était fait, et ça se serait vu.

 

Le titre, Et si c’était à refaire,  j’ai eu beaucoup de mal à le trouver. Ca me gênait beaucoup parce que je le trouvais trop proche de Et si c’était vrai. Mais ca collait tellement bien à l’histoire et je n’ai pas trouvé mieux.

 

 

Bouquiner.net : Quelles sont vos habitudes d’écritures ?

Marc Levy : Quand je me mets à écrire je suis tellement dedans que je ne me mets pas d’horaire. Quand je rentre dans mon bureau je pourrais y rester trois mois. Il m’arrive souvent d’y dormir d’ailleurs. C’est plutôt ma femme qui m’oblige à sortir. C’est totalement possédant. Je n’arrive plus à sortir du récit. J’y travaille quinze ou seize heures par jour et surtout toute la nuit.  Partir en écriture, c’est comme on part en mer. On n’accède pas à l’univers du récit en deux secondes, il faut quitter le monde du réel et entrer dans le monde imaginaire. La musique est parfois un facteur. Pas toutes les musiques. Par exemple je ne peux pas écouter de chansons parce que les paroles des chansons viennent percuter le texte. C’est plus de la musique classique, du Jazz ou des musiques de films.

 

 

Bouquiner.net : Parler d’un livre quand il est fini d’écrire est ce un exercice facile ?

Marc Levy : Ca dépend des livres. Par exemple pour l’étrange voyage de Monsieur Daldry c’était un plaisir parce que j’adore parler de Daldry. A chaque fois j’avais l’impression de repasser un moment avec lui. Les enfants de la liberté en revanche, je n’arrivais pas du tout à en parler, tout comme Le voleur d’ombres qui est un roman beaucoup plus intime que je ne le voulais.

Pour celui la, Un sentiment plus fort de la peur, c’est très difficile parce que je me demande comment en parler sans dévoiler le tournant du livre.

Et puis je suis assez timide, ce n’est pas un exercice facile. Par exemple je ne parle jamais de mon travail avec ma famille et mes amis. Je demande même à mes amis de  ne pas lire mes livres.

 

 

Bouquiner.net : Qu’est ce qui déclenche un nouveau roman ? Comment nait une idée ?

Marc Levy : C’est souvent un déclic émotionnel. Ca peut être un coup de cœur ou un coup de gueule.

Pour moi l’écriture a été un moyen de  lutter contre une pudeur maladive. Je suis quelqu’un d’extrêmement silencieux. Je peux rester une semaine sans parler à quelqu’un. Mais je ne peux pas rester une semaine sans écouter les autres. Attention, je ne me nourris pas d’une solitude absolue. Par exemple dans un diner, j’aime beaucoup plus écouter que parler. L’écriture est un remède exceptionnel à la pudeur. Vous êtes comme un marionnettiste qui fait parler ses personnages. Quand il a envie de dire quelque chose ce n’est pas lui qui le dit mais ses marionnettes.

C’est la conjonction entre l’envie d’aborder un thème et quelque chose dans votre vie qui fait que ca sort.

 

Bouquiner.net : Est ce que ce sont les personnages qui nourrissent l’histoire ou l’inverse ?

Marc Levy : En général ce sont les personnages que je créé qui nourrissent l’histoire. Mais l’histoire finit par les nourrir parce que tous mes personnages sont confrontés à des situations qui les percutent et les font changer.

 

Bouquiner.net : Dans un sentiment plus fort que la peur, votre héroïne va jusqu’au bout de son histoire coute que coute.

Marc Levy : Le thème sous jacent du roman est le courage. Le courage et l’héroïsme sont deux chose différentes. On peut être un héros sans avoir aucun courage, parce qu’on a agit par instinct, et il y a des gens qui ont beaucoup de courage et qui ne deviendront jamais des héros. Pour moi le courage est un acte du quotidien. Le courage est une valeur qui est d’une humilité remarquable. C’est pour ça qu’on en parle si peu.

 

Bouquiner.net : Comme vous, quand vous écrivez vos livres ?

Marc Levy : Ma femme vous dira que quand j’écris un roman, tous les jours je luis dis « j’arrête ». Mais je n’arrête pas. Sur La prochaine fois, les deux tomes réunis font 1200 pages et j’ai du dire 1100 fois que j’arrêtais. L’écriture est un doute du matin au soir. Ma femme a ramassé pas mal de manuscrit à la poubelle qu’elle a remis sur mon bureau.

Même quand le roman est fini, j’ai toujours envie de changer quelque chose, de revenir. Je me dis que je peux toujours faire mieux. Mais il y a un moment ou il faut savoir s’arrêter. Il faut s’avoir se dire qu’on est arrivé au bout de ce qu’on sait faire au moment présent.

Entre nous ce n’est pas grave. Pour un médecin oui c’est grave. Mais la, c’est juste un livre, ce n'est pas un rein qu’on opère ou quelque chose comme ca.

Le vrai moment de bonheur c’est quand un lecteur me dit qu’il a raté sa station de métro. Ca vaut tous les Goncourt du monde. C’est extrêmement joyeux comme métier. Ce bonheur de se dire que si j’ai bien bossé il y a des gens qui vont s’oublier totalement dans le livre.

 

Bouquiner.net : Et vous que lisez-vous ?

Marc Levy : Tout. Je suis extrêmement hétéroclite. Mais quand je suis en période d’écriture je ne peux pas lire. Si je lis les livres des autres je jette le mien à la poubelle. Depuis que j’ai terminé ce roman j’ai lu avec énormément de plaisir La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Je me suis extrêmement régalé.  Et j’ai terminé 1Q84 d’Haruki Murakami parce que j’ai une passion pour cet écrivain et son univers. Et là je commence son dernier livre Underground.

Sinon je lis énormément de documentation. Pour écrire Un sentiment plus fort que la peur j’ai lu 3500 pages de livres et de documentations. Quand je démarre le roman et que j’imagine le complot dont je parle dans le livre, je me dis que je pousse le bouchon un peu loin et que je ne suis pas crédible. Je commence donc un travail de documentation pour rendre ce que j’écris crédible. Et au fur et à mesure que j’avance, je me rend compte que ce que j’écris est vrai, que ça a eu lieu.

 

Bouquiner.net : Dans Un sentiment plus fort que la peur, vous avez mis la pédale douce sur le coté imaginaire. C’est un choix définitif ou vous pensez y revenir ?

Marc Levy : Sur 14 romans il n’y en a en fait que trois qui ont un aspect vraiment surnaturel. Mais Je n’en ai aucune idée. Je n’ai rein de prévu. Ca fait parti des libertés que je m’accorde. Je n’ai pas pris la décision d’aller dans un genre ou dans un autre. La seule décision que j’ai prise, c’est de ne pas cultiver un genre.

A chaque roman je me demande ce que je vais faire.

 

Bouquiner.net : Quelle musique conseilleriez vous d’écouter en lisant Un sentiment plus fort que peur ?

Marc Levy : Le groupe EELS avec That look you give that guy.http://www.deezer.com/track/3788335

Ou bien The good Sheperd de Marcelo Zarvo http://www.musicme.com/Marcelo-Zarvos/albums/The-Good-Shepherd-0884463083127.html

 

 

 

 

Un sentiment plus fort que la peur

Marc Levy

Ed. Robert Laffont 

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