Je trouverai ce que tu aimes : Interview de Louise Doughty

Publié le par Bouquiner.net

je-trouverai-ce-que-tu-aimes.jpgQuand Douglas Kenndy parle d’un livre ainsi : Une histoire d'obsession, une histoire de vengeance, de douleur et de passion. Une romancière rare, à découvrir absolument. » on ne peut que s’y interesser.

«Je trouverai ce que tu aimes » de Louis Doughy est l’histoire de la descente aux enfer de Laura, jeune maman de deux enfants, après la mort de sa fille écrasée par un chauffard. Incapable de faire le deuil de cette fille perdue elle va très vite avoir qu’une obsession en tête : se venger. Mais pas de n’importe quelle manière. Puisqu’elle a perdue ce qu’elle a de plus cher, elle fera subir a ce meurtrier ce qu’elle subie elle-même : trouver ce qu’il aime le plus et le lui retirer.

Louise Doughty répond à nos questions  

 

Bouquiner.net : « Je trouverai ce que tu aimes » est un livre très noir, très dense. Quel est le point de départ de cette histoire ?

 

Louise Doughty : Je suis une mère et en tant que mère, c’est très difficile de laisser grandir ses enfants, de les laisser faire des choses par tout seul. On imagine toujours le pire. Et quand on est écrivain, on peut écrire et mettre en scène le pire qu’on a imaginé. C’est comme ça que m’est venue l’idée de ce livre.

 

Justement, écrire une telle histoire doit remuer beaucoup de choses pour une mère, est-ce qu’à un moment, vous vous êtes dit que vous n’alliez pas finir ce livre ?

Non, même si en tant que mère, ça a été très difficile. La première mouture n’a pas été facile à écrire pour moi. Mais quand j’ai retravaillé le manuscrit, la professionnelle a repris le dessus, et je n’y ai vu qu’un roman, j’ai réussi à maîtriser mes émotions et à faire mon job.

 

Les descriptions sont très réalistes.

Oui, j’ai fait beaucoup de recherches, j’ai lu beaucoup de livres écrits de parents ayant perdu un enfant. Et dans un sens, tous les parents ont imaginé ce genre d’histoires, ça a donc été assez facile de mettre des mots dessus. Intégrer les éléments de pure fiction était beaucoup plus difficile. Et puis, Je voulais aussi densifier l’histoire, c’est pour ça que je suis revenue sur l’histoire entre l’héroïne et son ex-mari.

 

Vous avez aussi beaucoup travaillé l’évolution psychologique de Laura, la mère meurtrie…

Au début, tout le monde peut s’identifier à Laura, puis son comportement devient de plus en plus singulier, étrange, ambigüe. J’ai donc voulu amener le lecteur à se demander ce qu’il ferait s’il était à la place de cette mère.

 

La vengeance tient la place centrale de cette histoire. 

Oui parce que la dépression n’est pas très intéressante à lire dans ce genre de livre. Je voulais mettre en scène autre chose. Il était très important que Laura prenne les choses en main et ne reste pas dans un état dépressif. Sa vengeance n’est pas de tuer celui qui a renversé sa fille, mais de lui faire subir la même chose que ce qu’elle ressent : lui faire perdre ce qu’il aime le plus.

J’ai ainsi écrit à la première personne parce que je voulais que le lecteur voit les choses comme Laura qui passe par différents stades émotionnels. Elle a eu une enfance difficile avec la maladie de sa mère, et quand elle rencontre son futur mari elle est émotionnellement vulnérable. Elle tombe amoureuse de lui, mais elle trouve aussi une famille unie qui l’adopte immédiatement. Son mari représente tout ce qu’elle n’a jamais eu. Et quand il la quitte, elle ne perd pas seulement son mari mais toute l’idée du bonheur qu’elle se faisait.

 

C’est pour ça que vous alternez entre le passé et le présent ?

Oui cette alternance est vraiment délibérée. Je commence l’histoire par l’accident de sa fille, mais c’est difficile de commencer un livre par quelque chose d’aussi lourd, je ne voulais pas décourager d’entrée le lecteur.  C’est pour ça que très rapidement, je fais des flashs-back sur sa vie d’avant l’accident, pour parler de choses plus joyeuses. En tant que romancière, je dois arriver à tenir le lecteur en haleine. 


Justement comment écrivez-vous ?  Vous avez un plan précis que vous déroulez ou l’histoire se construit au fur et à mesure ?

En fait, je connais le début, je connais la fin, mais je ne sais pas comment je vais y arriver. En fait tous les détails viennent en écrivant. Je n’écris jamais chez moi, je préfère allez dans un café ou alors dans une bibliothèque, je me laisse imprégner de l’ambiance qu’il y a autour de moi. Je préfère cela car chez moi je ne suis pas un écrivain, je suis une mère de famille avec des occupations de mère.

 

Quel a été le passage le plus difficile à écrie ?

En fait ce sont les passages où les personnages sont heureux. Décrire la tristesse est plus simple car on imagine très facilement les choses horribles qui peuvent nous arriver. Mais décrire le bonheur est beaucoup plus difficile. De plus, il y a tellement de belles histoires d’amour qui ont été écrites, que se démarquer est donc très difficile.

 

Comment définiriez-vous votre style ?

Ce n’est pas facile de juger son propre style. J’espère qu’il est accessible mais aussi psychologique.


Quels sont vos influences ?

Hilary Mantel, lauréate du Booker Prize Fiction en octobre 2009 pour son roman Wolf Hall, ou encore Douglas Kennedy et pas seulement parce que c’est un ami. Il arrive à mêler de belles histoires, du suspense, de la psychologie dans ses livres. J’aime beaucoup les auteurs qui arrivent à mixer tout ça. Douglas arrive très bien à décrire, à décrire les femmes, et surtout il met très bien en scène des événements importants ayant une conséquence sur un individu.


C’est votre sixième livre mais le premier à sortir en France

Oui, et je suis très fière et très excitée. J’espère qu’il y en aura d’autres.

 

 

Je trouverai ce que tu aime

Louise Doughty

Ed. Belfond - 19,48€

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Publié dans Romans

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