[Rentrée Littéraire] Printemps barbare, Héctor Tobar : Interview

Publié le par Bouquiner.net

Printemps-Barbare-copie-1.jpgDans Printemps Barbare, Hector Tobar évoque les latino- américains en Californie. Une immigrée mexicaine travaille comme femme de ménage pour un couple qui n’a plus les moyens d’avoir le même train de vie qu’avant. Elle se retrouve seule avec les deux enfants du couple qui traverse une crise. Ils se sont disputés et la laissent seule à s’occuper des gosses. Mais elle n’aime pas les enfants, et n’est pas une bonne nounou. Elle part donc à la recherche du grand père des enfants pour les lui confier. Au cours de son périple elle est confrontée à la dureté de Los Angeles, de sa classe moyenne et de sa pauvreté. Sauf que tout le monde pense qu’elle a enlevé les enfants et toute la police et les médias la prennent en chasse.

 

Bouquiner.net : Vous avez couvert les émeutes de Los Angles pour le Los Angeles Times et votre roman se passe en Californie. Est-ce plus une critique de l’immigration ou de la Californie ?

Hector Tobar : C’est un ensemble de chose. Il y a une interaction entre le lieu et l’époque d’où je viens. Quand vous êtes romancier, vous ne pensez pas à votre livre comme un instrument pour en faire une déclaration politique, les romans ne fonctionnent pas bien comme ça. Vous pensez plus aux personnes et à l’expérience que vous avez-vous-même. Ces expériences et ces lieux sont pour moi une certaine Californie, où je suis né puis où j’ai grandi, et ou j’ai passé une part de ma vie professionnelle. C’est donc une expression artistique influencée par ce que la vie vous a donné, et la vie m’a donné les promesses de la Californie. Ca a été ma chance, ma force d’être témoin de ça. Je suis un auteur qui dit à quoi la vie ressemblait à son époque, un peu comme Dickens parlait du Londres de son époque ou Zola de la France.

 

Vous dites qu’un roman ne donne pas de message politique. Mais est ce pour vous un moyen d’aborder des thèmes que vous ne pouviez pas aborder quant vous étiez journaliste ?

Non non. Je pense que vous avez beaucoup de pouvoir quand vous êtes journaliste. Vous pouvez dénoncer l’injustice, mais vous le faites d’une certaine manière. Vous accumulez les évidences et vous les exposez d’une certaine marnière. Aux Etats unis il y a u ne expression qui résume notre conception du journalisme : « montre, ne dis pas » ou bien « Illustre mais n’argumente pas ». Le journaliste américain peut être très puissant parce qu’il peut illustrer des problèmes sociaux existant, ce qui peut rendre des gens très en colère parce qu’une fois qu’ils ont consciences de certaines réalités, ils doivent décider par eux même ce qu’ils doivent faire. Mais le journalisme peut aussi être très limité parce que vous donnez une certaine superficialité de la vérité. Vous ne donnez pas toute l’étrangeté, toute l’exactitude de toute l’émotivité de la vie. Et pour moi en tant qu’écrivain c’est très frustrant. Je voyage beaucoup et je vois donc beaucoup de choses. Mais comme journaliste, je ne peux pas décrire tout ce que je vois. Je crois que c’est pour ça que je suis devenu un romancier.

 

Comment avez-vous franchi le pas ?

J’étais journaliste depuis 6 ou 7 ans et ca marchait plutôt bien pour moi. J’étais au Los Angeles Times, j’ai eu un prix Pulitzer mais en même temps, en parallèle, j’écrivais des petites histoires, des nouvelles. J’ai alors décidé de quitter le journal pour passer une maitrise en littérature. J’ai commencé à écrire mon premier roman qui sera d’ailleurs bientôt publié en France par Belfond. C’était le début de ma carrière littéraire. Mais vous savez c’est vraiment très difficile d’en vivre, donc je suis revenu au journalisme. Lors des 15 dernières années j’ai écris des livres et en même temps j’ai écris pour des quotidiens en tant que reporter et correspondant comme par exemple en Irak pendant la guerre. En même temps ca me donnait des idées pour mes livres.

 

Dans votre Printemps barbare, le personnage principal est Araceli, une femme de ménage latino-américaine, très loin des clichés, mais qui dans son périple rencontre d’autres latinos qui correspondent plus aux idées reçues ?

Oui mon travail a consisté à montrer la diversité des latino-américains. Ca va d’Araceli, qui est une pure mexicaine, à Scott (le mari du couple pour qui elle travaille) qui est un pur produit du métissage. Il y a des cultures différentes, des langues différentes, des mélanges en Californie. Je pense que c’est un aspect de la Californie qui n’a pas été abordé dans la littérature américaine.

Cette femme de ménage, qui est américaine, parle couramment l’américain mais n’a aucun papier. C’est une situation rependu en Californie aujourd’hui.

 

Vous-même êtes un latino-américain né à Los Angeles, votre père était guatémaltèque. Y-a-t-il une part de vous dans chacun de vos personnages ?

Oui, par exemple il y aune part de moi dans Araceli parce que c’est une intellectuelle mais personne ne s’en rend compte. Je suis originaire de la classe ouvrière et d’où je viens on ne pense pas pouvoir devenir un écrivain. Aujourd’hui il m’arrive encore de penser que mon succès est une erreur. Quant à Scott, le fils d’immigrant, quand il retourne dans le quartier où il a vécu, je parle du quartier ou moi j’ai grandi.

Scott a connu une réussite sociale, il perdu son espagnol, il ne le parle presque plus, il a presque honte de sa culture mexicaine.

 

Vous êtes un journaliste et auteur à succès, avez-vous transposé votre mode de vie à celui de Scott ?

Par certains aspects oui. J’ai vécu à Buenos Aires et à Mexico city en tant que correspondant du Los Angles Times. Je vivais en expatrié avec tous les avantages que cela comporte, comme une grande maison payée le journal avec le personnel qui va avec. Je m’en suis bien sur inspiré pour décrire le style de vie de Scott. Par ailleurs ma femme et la personne qui travaillait pour nous avaient une relation très compliqué. Un respect mutuel mais en même temps une vraie incompréhension. C’est quelque chose que j’ai voulu retranscrire dans ce livre.

Quel personnage a été le plus facile à aborder ?

Je crois que ca a été Brandon le petit garçon de Scott. Parce c’est un enfant donc il est encore innocent mais aussi curieux. Ca a été un plaisir d’écrire sur lui parce que j’ai des enfants qui lisent beaucoup, comme Brandon dans le roman, et j’ai mis une part d’eux dans ce personnage.

Quel est votre personnage préféré ?

Araceli, parce que c’est un peu mon alter ego et surtout parce que les lecteurs sont amenés à l’aimer alors que ce n’est pas la personne la plus sympathique. C’est quelqu’un qui n’aime pas les enfants, qui est un peu snob. Pauvre mais snob. Et je connais beaucoup de gens comme ça à Los Angeles.

 

Et vous que lisiez vous quand vous étiez enfant ?

Quand j’étais petit j’ai lu les raisins de la colère de Steinbeck. Très tôt j’ai vu l’écriture comme moyen de dénoncer les choses. Et puis quand j’ai grandi et que je suis allé au Lycée, j’ai ré-appris l’Espagnol que j’avais presque totalement perdu car mon éducation s’est fait en Anglais. Je pouvais l’entendre et le parler mais pas l’écrire et le lire. J’ai donc pu découvrir l’œuvre magnifique de Pablo Neruda. Et puis en devenant adulte j’ai lu beaucoup de littérature africaine. Ensuite j’ai eu une période ou j’ai lu beaucoup de littérature américaine. Et puis je me suis aussi replongé dans de grands classiques comme Don Quichotte de Servantes ou encore du Günter Grass.

 

Et aujourd’hui ?

En ce moment je lis beaucoup d’auteur californien. J’ai eu le plaisir d’avoir California Book Award, alors je lis tous les auteurs qui m’ont précédé.

Mais en règle générale j’ai des gouts très éclectiques. Je peux passer de Tchekhov à Mark Twain.

 

Et que voulez vous que les lecteurs gardent en mémoire quand ils auront fini votre livre ?

J’espère qu’il leur restera une visite d’un coin des Etats unis qui a plus de facettes et plus de personnalité qui le composent qu’ils peuvent l’imaginer. Et aussi, que s’ils vont en Californie, ils n’auront pas en tête seulement l’image donné par les films américains, mais aussi l’image donnée par mon livre.

Publié dans Romans

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