Valérie Boronad

L'autobiographie de Valerie Boronad (Sources : http://www.valerieboronad.fr/)

Je suis née le 8 mai 1969
dans le Sud de la France. Un petit village en bord de mer. Rivages Sétois. Une enfance dans une douce dérive. Des paysages rudes et sauvages. La mer. Une enfance au fil des livres. La mer encore et toujours. Et ce désir d’écrire qui remonte d’aussi loin que je me souvienne, omniprésent comme le bris des vagues. Pourquoi ? C’est franchement incompréhensible ! En ce petit matin où je me suis éveillée en annonçant que je serai écrivain, j’avais six ans. Je crois qu’il y a parfois des actes qui font sens presque malgré nous. C’est un peu comme au commencement d’une histoire d’amour...

À vingt ans, je fuyais l’ESSEC pour un cours de théâtre. J’avais le sentiment que j’écrivais dans une voix – la voix des personnages qui parfois parvenait jusqu’à moi depuis un monde dans lequel je ne m’aventurais qu’à peine. J’avais le sentiment que ces personnages étaient sur le point de me raconter l’histoire qu’ils portaient en eux et que je ne percevais encore que par bribes. A leur écoute, je me sentais un fantôme dans un univers où j’avançais à tâtons alors que les personnages au contraire étaient faits d’une chair dense et vivace, telle une réalité inversée avec laquelle je ne parvenais pas encore à communiquer. J’en retirais une sensation de vacuité et d’inconsistance. Le besoin d’en savoir plus m’a amenée au théâtre. Pour entrer en contact avec ces personnages de papier qui de temps à autre empruntaient mon stylo pour couler leur existence dans une encre bleue. Je les ai ressentis à travers le corps de l’acteur. Et je me suis mise à apprendre les mécanismes de l’écriture théâtrale. J’ai rencontré Philippe et, très vite, apprenti-écrivain et apprenti-comédien se sont engagés dans une longue aventure commune, une aventure théâtrale aussi bien que maritale. Après l’ESSEC, j’ai présenté l’agrégation en candidat libre et, titres en poche, je suis devenue professeur dans l’Enseignement Supérieur tout en écrivant mes premières pièces. Après un travail de compagnie, j'ai continué à explorer les interactions entre écritures romanesques et théâtrales. Parce que le sens de la dramaturgie rejoint ce qui est, au roman, l’art du conteur… Ainsi ma prochaine parution (janvier/février2009) est une double partition - écriture romanesque d’une part, écriture théâtrale de l’autre. En partage : une histoire portée par la voix des mêmes personnages.

J’avais onze ans et je pensais que je venais de découvrir la littérature en lisant Le Diable et le bon Dieu de Sartre, sur lequel j’étais tombé par hasard dans une librairie. Une révélation ! Une musicalité, une force, une énergie. J’étais déroutée et totalement enthousiaste. Tout à coup, je découvrais qu’être écrivain pouvait être encore bien plus extraordinaire que simplement raconter des histoires. C’était un sentiment tellement fort que, sous peine d’imploser, il fallait absolument que je l’exprime. Sartre n’était plus, je me suis adressée à Simone de Beauvoir. Je lui ai dit que je lui écrivais parce que je venais de lire Sartre ! J’imagine que cela a dû l’amuser, qu’elle a dû ressentir quel extraordinaire bouleversement cela éveillait en moi. Elle m’a incitée à lui donner de temps à autre de mes nouvelles. Au fil des années, elle est devenue ma « voix dans la nuit », celle à qui je pouvais confier mes rêves d’écrivains, celle qui me lisait et me répondait, celle enfin qui a osé me dire « vous serez écrivain ». J’avais seize ans. Elle me projetait à l’intérieur de mon propre rêve. J’en avais dix-sept lorsqu’elle nous a quittés. Notre relation était restée épistolaire. Tout simplement parce qu’à dix-sept ans, je la croyais immortelle. J’attendais d’être devenue écrivain pour demander à la rencontrer, j’attendais d’être prête. Sa mort m’a devancée.

J’ai écrit quantité de choses dans mon enfance et mon adolescence. Nouvelles, contes, scénettes, poèmes, romans. Puis, un jour a fait date et j’ai décidé que j’étais au tout début de l’histoire, j’ai décidé qu’à partir de ce jour, je commençais vraiment à travailler. D’ailleurs, je n’ai pas cessé de me le répéter depuis, vous savez : à chaque roman, faire place nette, recommencer du départ, retrousser ses manches et se mettre au travail ! Sauf qu’à présent, j’évite de perdre systématiquement tout ce que je fais ! Mais, pendant longtemps, j’ai écrit en me débarrassant de ce que j’écrivais parce que je n’étais jamais satisfaite. J’égarais ce que je trouvais trop mauvais. Parfois, je jetais. C’était plus difficile. J’ai pratiqué l’autocensure avec ardeur ! Ce roman est le premier que je me sois décidée à présenter à un éditeur. C’est un peu comme pour Luc Kervalec, mon personnage, je crois qu’il était paradoxalement providentiel que son premier manuscrit tombe à la mer au début du voyage ! Il n’en reste pas moins vrai que la perte d’un texte sonne toujours comme une petite mort. Mais tout écrivain renaît perpétuellement de ses cendres, non ?